La Source dans le désert
- alexandrapeala
- 18 déc. 2025
- 4 min de lecture
Face à un choc, une épreuve de vie (preuve de vie dit l’écho…), perte, deuil… la douleur est inévitable c’est le signal du retrait momentané de la sérénité, du calme, des habitudes. Il va nous falloir réagir (agir encore), bouger nos lignes de défense, et muer sans doutes. Cette douleur peut-être foudroyante et nous jeter à terre, sembler injuste et violente et elle l’est souvent. C’est le saut dans le vide après que la vie nous ait poussé brutalement dans le dos. Nos hésitations au changement l’obligent à agir ainsi, nous sommes ces mains qui se tendent et se ferment sans arrêt, ces mains amies que nous ignorons la plupart du temps. C’est comme sauter en parachute, d’après ce que l’on dit c’est effrayant ! Mais la curiosité et l’espoir d’une belle expérience l’emportent sur la peur du vide. C’est au deuxième saut que le blocage se fait, car on sait ce qu’il faut traverser de peurs avant de voler. Ce moment terrifiant au bord du précipice, où l’on résiste, où les jambes tremblent et où l’on perd toute raison et foi. On reste alors immobile comme médusés… et là commence la souffrance. C’est le mental qui fabrique image après image le scénario, le retrait face à l’évolution. Et pourtant on le sait, on va devoir sauter ! On sait aussi que le cadeau est LA dans ce saut contenu. Qui croit qu’il peut indéfiniment rester au bord, suspend sa vie, se leurre et occupe sa vie plutôt que de la vivre. Ce temps de sidération face à la douleur est simplement la beauté cachée de l’Impermanence, de l’illusion et de la stabilité. La SOUFFRANCE EST UNE ERRANCE POUR LA VIE car si la douleur est inévitable sur l’instant la souffrance elle est inutile. Elle s’installe et gagne du terrain, plantant ses poteaux les uns à côté des autres, formant une clôture sur les pourtours de nos cœurs et de nos vies. C’est un réflexe de survie, on croit se protéger… Qu’en est-il de notre libre arbitre lorsque de notre masse ignorante nous frappons et écrasons les piquets, les faisant descendre si profondément dans la terre meuble de nos corps ? Combien faut-il de coups pour que soit scellé le pacte avec le diable qui distille son flux continu de désillusions, restrictions, complexes, frustrations dans nos vies ? Pourquoi taper si fort sur ces pauvres morceaux de SOI jusqu’à en émousser les bords et transpirer toutes les eaux de nos corps, encore et encore… La souffrance a ses implacables messagers que sont nos os, notre peaux, muscles, notre chair… Ils sont les bouteilles à la mer, les lettres perdues. Tels des pigeons voyageurs emportés par les vents descendants luttant pour survivre et finissant exténués échoués sur une dune isolée. Ne peut-on mettre à jour, ni laisser remonter à la surface ce qui est enfoui dans nos cellules et nos cachots depuis la nuit des temps, sans souffrir ? Ces temps immémoriaux faits de siècles de vies, de silences oppressants et insupportables. Ces vécus et non avenus subits et camouflés, ces vibrants écueils qu’on a pas compris, les murs que l’on s’est pris, les flaques qu’on a pas sautées et les trains qu’on a ratés. Qu’en est-il de nos lâchetés face à la vie qui s’offrait si puissante, changeante, vibrante ? Recouverts de nos jolis masques de petits Humains nous fuyons tels des voleurs, des assassins traqués par leur Conscience. Nos enfantines stratégies pour échapper aux Expériences de la Vie tantôt colorées de noir, de blanc de gris et tout autant nimbées de l’arc en ciel, sont de stupides démissions ou prises de pouvoir de l’ego en lutte contre le Soi. La vie est immuable, absolue et bat en toute chose. Si l’on refuse de s’abandonner à cette vérité, c’est elle, la grande « d’âme souffrance » qui se rappelle à nous, insufflant doucement la migraine, la gangrène, la fièvre, la maladie, les addictions…et les dépendances. Elle tord les corps comme pour les réveiller, non pas brutalement comme une cascade sauvage emportant tout sur son passage pour le malheureux orgueilleux qui aurait cru la dompter ; non, comme un ruisseau, elle s’infiltre insidieusement pour irriguer chaque parcelle de sa compréhension avant de grossir en un fleuve plus dévastateur. L’instrument désaccordé des Cieux (notre corps) ne souffre plus la disharmonie en son sein Parfait. Sa source s’assèche finalement malgré la furie des eaux. C’est dans un cri qu’il laisse s’échapper de son lit sec la mélodie des épousailles avec la mort. Certains recoins de nos âmes nous disent que ce sont nos tristes habitudes qui ont asséché, fanés, décharnés nos corps, mais nous ne les écoutons plus… Alors la souffrance nous montre le chemin à prendre pour retourner à la source. C’est comme une cloche qui sonne violemment contre la pierre de notre Temple. Elle résonne et carillonne espérant rallier la vie aux portes de l’Etre. La joie est inscrite au fronton de la façade mais nous sommes si fatigués, exténués de résister que nous n’avons même plus la force de lever les yeux. Ces jeux de dupes que nous nous infligeons ont bien souvent raison de nos vies. Et si nous laissions l’oisillon sortir de sa coquille plutôt que de le tuer dans l’œuf. Il est ce potentiel de guérison, cet accord solennel passé avec nous même, un alignement vertical, un rythme enivrant, un pas de danse sensuel avec notre Etre supérieur. Qu’y a-t-il à craindre à abattre la clôture et laisser circuler librement la vie en faisant éclore la joie profonde ? Sortir des coulisses pour se montrer nu sur sur scène ! Nous sommes si beaux rendus à nos expériences, des humains authentiques se trompant, et jouissant de tout, faits pour être et devenir le tout et son contraire. Ne laissons plus la souffrance dominer nos vies et faire de nous de pauvres petits humains dégénérés. Rendons grâce à la magie guérisseuse et transformatrice contenue dans cette souffrance, son message d’évolution. Elle est la fée courage celle qui en un instant peut donner le cœur à l’ouvrage. Que les noces mystiques, les retrouvailles avec Soi commencent… Que les portes du palais s’ouvrent enfin sur nos corps anoblis par la splendeur de la métamorphose. *Que les Cieux intérieurs et extérieurs fusionnent pour nourrir les entrailles de cette œuvre si précieuse qu’est la VIE; Car souffrance n’est que la résistance à CELA, le cadeau fait aux hommes pour intensifier leurs expériences de la vie, mais inutile en dehors de CELA... Elle disparaît lorsque l’on cesse de s’identifier à elle. Sa promesse est la Paix, quand nous aurons cessé de nous faire la guerre. Alors la source jaillira dans le désert. Akara Péala 23 Mai 2018




